Les canuts, brodeurs de la lutte ouvrière

Les canuts sont les ouvriers tisserands de l’industrie lyonnaise de la soie. Par leurs révoltes, ils ont été les précurseurs de la lutte ouvrière

«Le prolétariat urbain sonna à Lyon le tocsin d’alarme», écrit Karl Marx dans son livre Le Capital. Mais de quoi le fondateur de l’idéologie communiste parle-t-il? Connaissait-il Lyon? L’historien allemand fait référence aux révoltes des canuts au XIXe siècle.

Au fil des révoltes, le massacre

Les canuts sont des ouvriers tisserands, arrivés au XVIIIe siècle, pendant l’implantation de l’industrie de la soie à Lyon. Ces hommes étaient regroupés dans un quartier spécialement aménagé pour eux: la Croix-Rousse. À l’époque, les conditions de travail sont particulièrement difficiles. Les canuts travaillent environ 18 heures par jour, pour être modestement payés à la pièce réalisée. Ils n’ont pas de local professionnel, ils tissent chez eux, dans une salle où sont entreposées les machines.  Au fil des années, la précarité est de plus en plus importante. En 1831, la communauté est plongée dans une extrême pauvreté. Place à la révolte.

Interieurcanut
L’atelier des canuts, ainsi que les machines nécessaires au tissage, se trouvaient à leur domicile. Crédit photo: DR

Pour calmer leurs ardeurs, le préfet organise une réunion entre les différentes parties: le maire de la ville, les patrons et les représentants des ouvriers. À la surprise générale, les exigences des canuts sont acceptées. Cependant, elles ne seront jamais appliquées. Fous de rage, les Lyonnais prennent les armes et occupent la mairie pendant trois jours. L’armée intervient, et réprime dans le sang. Une centaine de canuts sont tués.

Marx ne l’a pas précisé dans ses écrits, mais, à Lyon, le prolétariat urbain a sonné plusieurs fois le tocsin d’alarme. Trois ans plus tard, en 1934, une nouvelle révolte éclate, puis encore une autre, cette fois appelée «révolte des Voraces» en 1848.

Cette année-là, Karl Marx publie Le manifeste du parti communiste, fondateur de l’idéologie communiste, socialiste, et du concept de lutte des classes. La Commune de Paris, ou encore la révolution bolchevique en découleront cinquante ans plus tard.

À cette époque, les canuts luttaient déjà depuis quelques dizaines d’années pour leur condition sociale. Une caractéristique propre à cette communauté, animée par un fort désir de justice sociale dès les premières heures de l’industrialisation.

images
Fanion démontrant l’engagement des canuts dans leurs révoltes pour de meilleures conditions de vie. Crédit photo: Geoffrey Gaye.

Secrètement, la solidarité sociale naît

Les Voraces, comme on les appelle également, sont à l’origine de nombreuses avancées sociales. Ces ouvriers lyonnais ont très vite compris l’importance de l’entraide. À l’époque, le chômage, la sécurité sociale, la retraite, tout cela n’existe pas. Après la crise de 1825, ils décident de créer des sociétés secrètes de secours mutuel. Ces sociétés permettent aux travailleurs de recevoir de l’aide financière en cas de décès, de naissance, de maladie ou de vieillesse dans leur famille, en échange de cotisations. «C’est le début du mutualisme» explique Magali Clémençon, guide historique de la ville de Lyon.

Ces travailleurs lyonnais de la soie créeront également la presse ouvrière. Organisés, ils lancent quelques semaines avant la première révolte, en novembre 1831, un journal à destination de leur communauté: l’Echo de la Fabrique. Huit pages hebdomadaires sur deux colonnes de texte. Le but de ce journal est de créer des débats autour de l’information pour préserver leur liberté et leur autonomie. Cependant, des lois répressives l’interdisent en 1835.

Le premier conseil des prud’hommes a été créé en 1806 par Napoléon uniquement pour l’industrie de la soie à Lyon. Les jugements et séances seront, bien évidemment par la suite, relatés dans l’Écho de La Fabrique. Les canuts y dénonceront le parti pris du tribunal pour les riches acheteurs de tissus de soie.

Être Lyonnais, «c’est avoir un esprit de canut»

«Un esprit d’insoumission face à l’injustice sociale, un esprit de solidarité envers sa communauté».

Roger, membre de l’association La République des canuts.

Aujourd’hui, beaucoup de Lyonnais, et notamment d’habitants de la Croix-Rousse, se revendiquent un esprit de canut. Qu’est-ce qu’un «esprit de Canut» au juste? «Un esprit d’insoumission face à l’injustice sociale, un esprit de solidarité envers sa communauté», explique un membre de l’association La République des canuts.

téléchargement
Le mur des canuts a été peint dans le quartier de la Croix-Rousse en mémoire à ces ouvriers tisserands. Crédit photo: Geoffrey Gaye

La culture lyonnaise met particulièrement en avant l’histoire héroïque des canuts. La cervelle de canut est un dessert lyonnais. Radio Canut, se décrivant comme «la plus rebelle des radios» ne cesse d’émettre. Le mur des canuts, au 36 Boulevard des Canuts, est particulièrement bien décoré. Sans oublier, Le chant des canuts écrit par Aristide Bruant en 1894 et interprété plus tard par de nombreux chanteurs, dont Yves Montand.

Geoffrey Gaye.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s